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05/04/2019

La confusion ministérielle met à mal tout le travail réalisé par Jean Paul DELEVOYE

Agnès Buzin aurait mieux fait de se taire lorsqu’elle a proposé de réfléchir au recul à 65 ans de l’âge de la retraite pour financer la dépendance. Une bourde politique sur une réforme ultrasensible.

« Le mode de négociation ( de JP DELEVOYE) est de très bonne qualité, il serait dommage que les hautes manœuvres ne viennent gâcher cette confiance à un mois de conclure » relevait le négociateur de la CFDT au nom de ses collègues. Comment la Ministre a t’elle pu prendre le risque de gâcher cette confiance patiemment acquise? Réformer les retraites ça s’apprend, visiblement JP DELEVOYE a beaucoup appris comme copilote de la réforme de 2003.

Clarifions ce qui est une évidence depuis 2003!


Le recul programmé de l’âge de la retraite est déjà acté dans la loi. Ce recul tient compte de l’augmentation de l’espérance de vie par génération ( 172 trimestres pour la génération 1973 et ainsi de suite ). Pour avoir droit à une retraite sans abattement, il faut avoir 67 ans pour la génération 1955! Les 65 ans sont donc déjà dépassés, malheureusement ce sont essentiellement des femmes.


Le choix de la durée de cotisation est mille fois plus juste que l’âge pour fixer l’âge de la retraite à taux plein. En effet, celle où celui qui a travaillé plus longtemps doit pouvoir partir plus tôt en retraite, c’est une question de justice. Revenir à un âge couperet serait un grave recul.

Ne pas toucher à l’âge de la retraite est LA promesse du Président. Comme nous souhaitons que les engagements soient tenus, les 62 ans sont inscrits dans le marbre, même si nous venons de voir que ce chiffre 62 évoluait déjà tous les ans.


Une réforme systémique qui tourne le dos aux réformes paramétriques, c’est toute l’ambition de cette réforme gigantesque. Il faut donc sortir du triangle mortifère: âge-montant des pensions-taux de cotisation, car continuer à revenir tous les 4 ans au durcissement des paramètres n’est socialement plus tenable. Il faut Inventer un système pilotable sur le long terme de manière quasi automatique.


Séparer réforme des retraites et réforme de la dépendance. Ne pas tout mélanger, la retraite c’est un salaire différé, la dépendance c’est un problème de santé. La retraite est financée essentiellement par les cotisations salariales, la santé par la CSG ou la CRDS, nous aurions pu affecter une partie de la CSG retraite pour financer la dépendance, malheureusement par précipitation celle ci a été presque supprimée.

Espérons que ce triste épisode aura convaincu que « les ballons d’essai » relèvent de l’ancien monde.

25/03/2019

19 grandes organisations proposent leurs propositions et leur aide au gouvernement.

Fini le grand débat. L’heure est aux actes qui ne doivent pas être uniquement législatifs .
66 propositions émanant de 19 organisations syndicales,environnementales, mutualistes, de jeunesse, de lutte contre la pauvreté et toutes les exclusions sont entre les mains du Président de la République.

Voici ce que disent ces organisations, leaders en leur domaine, en avant propos :
« Les alarmes retentissent. Qu’elles viennent de nos organisations depuis des années ou plus récemment de citoyens éloignés de la vie publique, ces alarmes disent la même chose. Un modèle de société qui génère autant d’inégalités et d’injustices et met en péril la vie sur Terre de nos enfants et petits-enfants et de millions d’êtres humains à travers le monde n’est plus un modèle. C’est un non-sens.

L’heure est à la construction d’un nouveau pacte politique,social et écologique. Un pacte du pouvoir de vivre, aujourd’hui et demain, dans la dignité et le respect, un pacte qui nous engage tous. »

Ce texte extrêmement travaillé nous propose de négocier toutes les grandes transitions auxquelles nous sommes confrontés. En 10 pages faciles à lire nous avons relevé ces priorités :
- Garantir l’accès à un logement décent.
- Combattre les inégalités dans l’éducation et la formation, construire des parcours d’émancipation.
- Un travail émancipateur.
- Construire un bouclier de services publics dans tous les territoires.
- Une solidarité intergénérationnelle.
- Construire l’égalité entre les femmes et les hommes.
- Lutter contre les discriminations
- Accueillir dignement les migrants.
- Rendre accessible à tous une nourriture saine et éco-responsable.

Enfin sur la méthode, les 19 organisations nous proposent de remettre l’exigence de solidarité et de justice sociale au cœur de l’économie, de réconcilier transition écologique et justice sociale, de partager le pouvoir pour mieux agir.

À celles et ceux qui croient plus que jamais à la capacité de résilience de notre société, ce texte est un bonheur. Quand dans cette chronique, nous militons pour de nouvelles solidarités et pour des actions émancipatrices, quand notre journal alerte sur les contradictions de l’action publique, il est réjouissant de constater que nous ne sommes pas seuls.

Est-ce utile de rappeler que toutes ces organisations n’attendent rien de décisions venues d’en haut, elles veulent être actrices de tous ces changements, non adversaires de ce gouvernement, elle veulent au contraire l’accompagner espérant la fin de la période du mépris. La concertation, la négociation et enfin la loi, pas l’inverse.

Comme ces milliers de nos enfants qui ont manifesté, vendredi dernier, pour le climat , ne baissons pas les bras et ayons, nous aussi, la revendication joyeuse.

Pour connaître la liste des signataires et le texte intégral voir www.cfdt.fr

19/03/2019

Quand Macronien rime avec Beveridgien, c’est un choix de société

Les négociations entre patronats et syndicats concernant l’assurance chômage n’ont pas abouti.

L’UNÉDIC est gérée de manière paritaire par les partenaires sociaux, mais c’est l’Etat qui décide de l’essentiel, comme par exemple, la fusion entre les ASSEDIC et Pôle Emploi, voire du remplacement des cotisations sociales par la CSG, impôt sur lequel le gouvernement a totalement la main. De plus, les négociateurs doivent respecter une lettre de cadrage dictée par le gouvernement. C’est le paritarisme encadré ou tenu en laisse.

Car cette lettre de cadrage est l’exemple même d’injonctions contradictoires que le gouvernement ne pourra pas plus satisfaire par décrets que les partenaires sociaux n’ont pu le faire par accord.
Que dit cette lettre? Créer un système de bonus-malus pénalisant les entreprises multipliant les contrats courts qui ont explosé ces dernières années et décider de mesures permettant 3 à 3,9 milliards d’économies sur un déficit de 10 milliards.
Comme les employeurs ne voulaient pas négocier le moindre bonus-malus et que les syndicats ne voulaient pas baisser les indemnités des chômeurs, la négociation était impossible.
Rappelons les chiffres: 80% des salariés ayant eu un contrat de un mois ou moins sont réembauchés dans la même entreprise, soit 400 000 salariés. C’est le contrat précaire à répétition.

Mais l’enjeu dépasse l’indemnisation du chômage. Les syndicats redoutent, comme le dit Yves VEYRIER, leader de FO, la tentation gouvernementale d’instaurer pour la protection sociale un système beveridgien où les prestations de base seraient financées uniquement par l’impôt et décidées par le seul Etat. Système emblématique des politiques anglo-saxonnes contrairement au système bismarckien marqueur social de l’Europe du nord et du sud. Entre la logique assurancielle actuelle et la logique assistancielle c’est un projet de société qui est en jeu. Le gouvernement doit assumer son choix et l’expliciter.

La « gouvernance » est aussi au cœur des malentendus entre le gouvernement et les corps intermédiaires. Prenons le cas de la future réforme des retraites, qui sera chargé de la gestion du futur régime unique? Les partenaires sociaux ont si bien géré les régimes de retraites complémentaires qu’ils ont accumulé un fonds de réserve de 118 Milliards d’euros, fonds de réserve indispensable pour le futur régime proposé par Monsieur DELEVOYE. La crainte est grande de voir le gouvernement faire main basse sur ces fonds paritaires tout en retirant les partenaires sociaux de la gestion du futur régime.

Réduire l’indemnisation des cadres illustre aussi ce changement de système, si les cadres cotisent comme les autres salariés pourquoi auraient ils moins d’allocations? Différences entre assurance et prestation sociale... quand on vous dit que cette nouvelle majorité a peu de culture sociale.