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19/04/2018

Tribune de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, Philippe Louis, Président de la CFTC et de Luc Bérille, secrétaire général de l’Unsa

Les économistes affirment que la croissance revient. Nous nous en félicitons car nous ne
pouvons nous passer d’une économie performante. Mais nous considérons aussi et surtout
que la recherche de performance économique n’a de sens que si elle vise le « mieux être »
pour tous !

C’est pourquoi, les femmes et les hommes ne sauraient être réductibles à des chiffres. Dans
les territoires, la réalité de millions de nos concitoyens diffère de celle décrite par ces
chiffres. Beaucoup continuent à être confrontés au chômage, à la précarité, à la pauvreté,
aux difficultés d’accès au transport, au logement, aux soins et à certains services publics. Ils
ne se sentent pas associés aux réformes de l’action publique dont ils ont l’impression
qu’elles sont construites sans eux, et parfois, à tort ou à raison, contre eux.
Nous pensons qu’il faut réformer le pays, que nous ne pouvons nous satisfaire du statu quo,
que notre système social - juste dans ses fondements - n’est plus adapté au monde
d’aujourd’hui, ni au monde qui vient. Il n’est pas assez inclusif et laisse trop de nos
concitoyens sans l’aide dont ils ont besoin. Il engendre parfois des inégalités qui menacent
notre cohésion sociale.

La CFDT, la CFTC et l’UNSA représentent, à elles trois, près d’un million d’adhérents, et
recueillent aux élections professionnelles la confiance d’une grande partie des salariés du
privé, des fonctionnaires et des agents publics. Nos organisations portent un projet de
société apaisée, porteur de démocratie et de progrès social. Responsables et compétentes,
elles sont capables de regarder les réalités en face, capables de compromis sociaux pour
construire la société dont nous avons besoin. À de multiples reprises, tout au long de leurs
histoires respectives et souvent ensembles elles en ont apporté la preuve quand l’intérêt
supérieur du pays l’exigeait.

Nous demandons aux dirigeants de ce pays qu’ils proposent un véritable projet pour toute la
société, qui permette à chacun d’exercer réellement sa liberté, pour qu’elle ne soit pas le
luxe de quelques-uns, et qui donne à chacun - quelles que soient son histoire, ses chances
de départ – le droit de faire des choix, de trouver sa place ; un projet prenant en compte les
réalités et aspirations du plus grand nombre à commencer par les plus fragiles d’entre nous.
Un projet de société qui reconnaisse les difficultés de toutes celles et de tous ceux qui se
sentent ignorés par la parole publique. Les travailleurs, jeunes, retraités, personnes à la
recherche d’un emploi, que la vie n’a pas toujours épargné et qui se sentent invisibles. Les
dirigeants de ce pays doivent urgemment répondre aux territoires exclus des fruits de la
croissance retrouvée, villes petites et moyennes, quartiers populaires, campagnes
périurbaines, zones rurales reculées, qui regroupent pourtant la majorité de notre population.
Nous refusons des politiques qui n’abordent la question sociale que sous l’angle de son coût.
Cela se traduit par la réduction des contrats aidés, des aides personnelles au logement et
des soutiens au logement social. Au final, c’est la promesse d’égalité portée par le service
public qui est rompue. Nous refusons une société d’individus, où la seule loi du marché
régulerait les rapports sociaux et où l’Etat se contenterait de garantir aux plus précaires des
droits réduits à leur strict minimum.

Voilà pourquoi aujourd’hui nous attendons de véritables politiques sociales, assumées, des
politiques qui apportent des réponses à ceux qui en ont besoin, construites avec eux et avec
leurs représentants. Pourquoi sur la question sociale serait-il impossible ou si difficile de
construire des politiques ambitieuses, élaborées avec celles et ceux à qui elles sont
destinées ? Les mesures les plus progressistes du projet de loi sur la « liberté de choisir son
avenir professionnel » résultent d’accords dans lesquels les partenaires sociaux ont su
construire ou renforcer des droits pour les travailleurs sans, dans le même temps,
hypothéquer la performance économique de nos entreprises. C’est donc possible !
Inquiètes par des politiques où l’économique prime trop souvent sur la justice sociale, en
désaccord avec une conception de la démocratie sociale reléguant les partenaires sociaux
au rôle d’observateurs, nos organisations demandent au Président de la République et au
Gouvernement de reconsidérer la méthode par laquelle ils entendent réformer le pays.
Organisations réformistes, de construction sociale, nous ne contestons pas la nécessité
d’adapter notre modèle social et nos structures aux exigences et opportunités de notre
monde en bouleversement. Parce que la réforme n’est pas une fin en soit, parce que nous
voulons peser sur la finalité qu’elle poursuit, sur la société qu’elle construit, nous demandons
que l’ensemble des travailleurs et des organisations qui les représentent soit plus et mieux
impliqués dans la définition des grands choix qui sont devant nous et qui conditionnent notre
avenir commun. Le temps donné au dialogue social n’a jamais été et ne sera jamais un
temps perdu. Il est un investissement nécessaire à l’appropriation de la réforme. Sans lui, la
greffe ne prend pas et les supposés bienfaits de la réforme ne sont pas au rendez-vous.

Parce qu’on on ne transforme pas la société contre ses acteurs, sans la comprendre et sans
en écouter toutes ses composantes, toute autre approche est une impasse !

17:39 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grève 2018

04/04/2018

La fin ne justifie pas les moyens.


Que penser du conflit des cheminots ?

Impossible de répondre à cette question sans se référer aux fondamentaux sur lesquels chacun « fonde » sa réflexion. Eh bien, la réponse est complexe et mérite un peu de mesure.

Le droit de grève et la liberté syndicale sont des droits intangibles qui ne peuvent être remis en cause, cheminots-CGT-SUD ou pas. Il n’est, déjà, pas superflu de le rappeler à tous les va-t-en-guerre.

L’intérêt général peut être porté aussi par les syndicats comme l’affirment les syndicats réformistes. Intérêts général et professionnel s’opposent souvent et ce conflit en est l’exemple. L’histoire nous l’a appris, la résolution d’un tel conflit d’intérêts ne peut se faire que par la négociation, à condition de prendre en compte les deux intérêts : général et catégoriel. Jamais facile.
Le droit de se déplacer, de travailler, est tout aussi constitutionnel que le droit de grève. La liberté des uns s’arrête quand elle entrave celle des autres. Les syndicalistes responsables le savent, c’est Laurent BERGER qui déclare « je ne veux pas d’un conflit dur » mais il veut négocier « les conditions sociales ».
Nous ne sommes plus en 1995 où est né le concept de « grève par procuration », cette folle illusion qui voudrait que les cheminots, investis de je ne sais quelle mission, feraient grève pour vous et moi. Avant, quand la grève était encore utile, on la faisait pour gêner les patrons, pas les salariés. Et je ne donne à personne le droit de faire grève pour moi !
L’objet du conflit est légitime, l’ouverture à la concurrence exige la négociation de nouvelles conditions sociales. Mais tous les syndicats ne sont pas unis sur les mêmes objectifs, la CGT et SUD refusent cette ouverture quand l’UNSA et la CFDT en ont « pris acte ».

La fin ne justifie pas les moyens, m’apprenait-on dans mon école... syndicale. Les moyens d’actions utilisés ici sont particulièrement violents. Violents pour les familles, les lycéens et étudiants, les salariés, ce sont des millions de citoyens qui utilisent le train pour apprendre et travailler. Je pense à ce jeune, que l’on aide à raccrocher le travail, incapable de rejoindre son lieu de stage qu’il a eu tant de mal à décrocher.

Mais l’insupportable est de voir cette ouvrière obligée de faire des courbettes devant son chef pour obtenir quelques aménagements d’horaire et d’entendre « tu me le rendras le moment venu » ! Insupportable, le rapport de force des uns affaiblit celui des autres… des plus faibles.

Pas d’accord.

12/03/2018

Les corps intermédiaires, l’angle mort du réformisme macronien.

Dans la même semaine, Véronique DESCACQ, secrétaire générale adjointe de la CFDT, déclare : « Les « big bangs » et autres coups de pied dans le « système » ne sont que communication politique. Méfions-nous d’un Etat qui pourrait seul tout savoir et tout faire ». Pierre GATTAZ, patron du MEDEF, regrette dans le JDD le manque de discussions sur la formation professionnelle avec le gouvernement. Les tensions entre les partenaires sociaux et le gouvernement étaient telles que les syndicats réformistes avaient conditionné leur signature de l’accord à un engagement préalable du gouvernement de respecter l’équilibre de la négociation.

Avec MACRON, il n’y a pas de partage des responsabilités, les corps intermédiaires sont toujours consultés mais le gouvernement décide seul et de tout. C’est l’héritage culturel de notre pays où après la révolution de 1789 les corps intermédiaires ont été interdits, contrairement aux autres puissances européennes. Il nous aura fallu un siècle pour qu’une loi autorise les syndicats en 1884 et les associations 1910. Cette culture de la primauté étatique n’est plus adaptée (si elle le fut un jour) à la gouvernance d’une société moderne, non pyramidale et plus transversale. La culture européenne repose majoritairement sur 2 piliers indissociables de la démocratie : la démocratie politique imbriquée avec la démocratie sociale. Les « modèles » allemands et nordiques respectent cet équilibre entre la loi et la négociation collective, ils ont fait leurs preuves en témoignent les statistiques sociales.

Nul n’ignore plus que MACRON a un angle mort avec les corps intermédiaires, qu’il considère comme ringards, corporatistes, déconnectés. La volonté dite infaillible de faire tout ce qui a été promis dans la campagne électorale est évidemment une impérieuse obligation pour redorer le Politique, comme l’urgence de débloquer la société.
Nous n’oublierons jamais dans cette région ce que l’on doit aux politiques qui nous ont préservés de l’extrême droite. Notre critique est donc constructive.

Les carences des partenaires sociaux sont réelles. Il y a par exemple 70 000 défaillances d’entreprises par an et personne ne s’était soucié de l’indemnisation chômage de ces entrepreneurs, le patronat arque bouté sur le refus de toute cotisation au nom d’un libéralisme idéologique et les syndicats sur une vision non renouvelée du salariat… MACRON, lui, y répond.
Les futures assises régionales sur le dialogue social organisées par le Conseil Régional sont vraiment nécessaires.