10/05/2016

Ce texte a été écrit pour le 1000ème numéro d’Autrement Dit, il se veut positif voire décalé comme le voulait le Rédacteur en Chef

Récolte des fruits de beaux combats dans les Hauts de France de 2025.

Février 2025, entouré de mes enfants, petits et arrières petits-enfants, je fête mes 78 ans. C’est la grande forme, je peste contre ceux qui me demandent de me reposer, l’espérance de vie en bonne santé continue de progresser. Je milite toujours pour une justice intergénérationnelle, le baby-boom arrive à sa fin, il n’a mathématiquement pas permis le remplacement des retraités par des jeunes en emploi. Le plein emploi reste un combat et non une équation économique. C’est à nous, enfin... à mes petits-enfants, de créer leurs emplois. Plus personne ne croirait un politique qui promettrait quoique ce soit sur la « courbe ».

Faute d’une prestation autonomie sans cesse reportée, la société civique et l’économie sociale sont mobilisées dans la gestion de services non marchands. Plus que la suppression des Départements, c’est un rapport initié par le CESER intitulé « CARE, pour une région toujours plus solidaire » qui est devenu la bible des décideurs régionaux, droite et gauche rassemblées. La sollicitude, le prendre soin, le porter attention, est un concept éthique, sociologique et politique que seul le FN (enfin en perdition) refuse. Comme dit le dictionnaire digital : la sollicitude valorise l’idée et le fait de vivre les uns avec les autres plutôt que les uns contre les autres. Que s’est-il passé pour en arriver là? Il y a 10 ans, un cataclysme régional a fait exploser toutes nos certitudes, la Région aux valeurs de solidarité et de courage avait perdu son âme. Les élus politiques qui avaient promis de faire de la politique autrement ont tenu parole, les syndicats du dialogue sont encore plus majoritaires, les associations se sont fédérées sur les projets « CARE », plus personne ne pensent comme avant !!!
Dans les années 2010, un ami a fait le pari que le bouillon de culture incubé à Euratechnologie, i-Trans, Pôle Image, Eurasanté allait engendrer de jeunes pousses européennes, elles sont là!

Demain, c’est l’inauguration du premier tronçon Amiens-Lille en navettes automatisées de drones collectifs mis au point par une alliance de nos Universités fusionnées depuis 8 ans et de nos pôles de compétitivité travaillant désormais en clusters. Un téléphérique urbain ultra sécurisé comme celui reliant Lesquin à Lille a été vendu à Los Angeles.

Ma petite fille me demande si je peux la conduire au cours de chinois de l’Université Métropolitaine des langues asiatiques dont l’ancêtre était la petite école japonaise de La Madeleine.

Ma fille a été obligée de quitter SANTES qui a raté dans les années 2O10 le passage au haut débit, le prix des logements acquis par une population de cadres s’est effondré. Il n’aura fallu que 5 ans.

Mon petit-fils sort de sa poche un chiffon qu’il déplie, c’est la tablette sur laquelle il a enregistré une vidéo pour mon anniversaire. Il travaille dans une startup hébergée avec le soutien de l’INRIA, il rentre de Séoul. Son cousin finit sa thèse sur le bien être des grands fauves dans les parcs zoologiques, il revient d’Afrique grâce à une bourse obtenue par le Musée d’Histoire Naturelle membre du plus grand réseau muséal des régions européennes. Pour la première année, le solde migratoire des jeunes diplômés est positif en région.

Mon autre fille m’a invité à une conférence de Sara HOROWITZ qui a créé dans les années 2000, aux USA, le syndicat des « Freelancers » qui regroupe, les autoentrepreneurs, les indépendants, les ubers de tous horizons. La CFDT a créé ce syndicat de services euro régional qui défend des informaticiens de haut niveau comme des ouvriers du dépannage rapide. L’Insee recense 300 000 de ces « travailleurs non-salariés » de l’économie collaborative dans la région. Le ministre vient de reconnaitre la représentativité de ce syndicat qui fait éclater les frontières entre salariat et entrepreneurs.
Le dialogue social décentralisé ne s’est jamais si bien porté, dans les entreprises, les salariés élisent des collègues capables de négocier et de contracter. Dans les très petites entreprises, le mandatement syndical est devenu une pratique courante (il n’y a pas de délégués élus, il suffit qu’un salarié se fasse mandater par un syndicat pour négocier avec l’employeur). Les cursus de formation sur le dialogue social de Sciences Po Lille sont intégrés à toutes les formations de sciences politiques. Les DRH et délégués syndicaux postulent en masse pour être admis aux cycles de formation continue sur les nouvelles méthodes de négociation sociale.

Le syndicat patronal unifié des Hauts de France a signé avec les 2 syndicats représentatifs, le premier accord social territorial régional. Prenant appui sur le rapport « Le travail agile : levier d’une politique régionale de dé-mobilité ? » réalisé par Y GHORIS pour le CESER en 2015 ! Les négociateurs ont cherché à réguler les conditions du travail à distance et la désynchronisation des rythmes de travail. L’accord mobilité généralise les possibilités de télé travail, de plans locaux d’horaires décalés, d’aide aux transports alternatifs. Les tiers lieux de travail (co-working) se multiplient dans toutes les villes rurales, dans les gares et aéroports. L’organisation du travail de proximité est une priorité pour les municipalités, des projets de télé-centres ou de maisons de services publics fleurissent. Le premier bilan de cet accord est très positif : les salariés évoquent une diminution de la fatigue physique et du stress, une meilleure conciliation avec la vie familiale et même une augmentation sensible du pouvoir d’achat. La décongestion des accès à la Métropole est enfin commencée.
Quel coup de vieux ! Moi qui moquait les monnaies locales, je regarde avec curiosité comment plusieurs villages de la Somme ont par ce moyen, réussi à mobiliser les habitants pour défendre leurs savoirs faire, développer des solidarités, trouver de nouveaux consommateurs pour les productions locales. Des projets de maison médicale, de bar épicerie multiservices, de locaux professionnels partagés ont pu ainsi être financés et réalisés. Je mesure aussi l’essor des initiatives prises il y a 10ans pour mobiliser l’épargne locale. Grace à la fondation AJIR plusieurs structures d’aide au retour à l’emploi de jeunes en difficulté ont pu se développer. Le crow funding nous permet de financer notre économie locale. Lier local et global est aujourd’hui une pratique partagée.

Xavier BERTRAND installe à TERGNIER la 50ème « Gare pour l’Emploi » comme il en existe dans toutes les villes bourgs. Après l’expérimentation difficile de Proch’emploi et avoir demandé une étude sur ce qui se faisait de mieux en matière d’accompagnement au retour à l’emploi, la « génération circuit court et rapide» des élus communaux et régionaux a compris, à l’image de ce qui se fait pour le RSA, que le trio gagnant était : employeur/allocataire/et référent. Ce référent, « le chef de gare », expert de la relation directe, réalise les entretiens sur le lieu même où se situe le poste de travail, ajuste l’écriture de l’offre aux besoins réciproques de l’entreprise et de l’allocataire. Nous assistons, comme dira JR LECERF, à une révolution culturelle. Les offres d’emploi à la Française du « mouton à 5 pattes » sont un frein à l’emploi. Baisser le niveau d’exigence des employeurs, objectiver des critères de sélectivité plus raisonnables de la proposition d’emploi est reconnue comme une bonne pratique par Pole Emploi.

Guillaume DELBAR, le maire de ROUBAIX, vient dans la même semaine d’accueillir au STAB, le 1er congrès du syndicat des freelancers, la 4ème étape de l’UCI Europe Tour du cyclisme sur piste avec la finale mondiale du keirin (il a fallu quadrupler le nombre de places assises du vélodrome financé par le projet Aréna), le musée de Paris Roubaix a fêté son millionième visiteur. Qui l’eut cru, l’office du tourisme des Hauts de France propose un package « WE sport et culture Roubaix » comprenant des nuitées dans la chambre d’une ancienne gloire de Paris Roubaix, des entrées gratuites aux shows room dédiés au digital, au design management, aux hologrammes d’Holusion (bluffant), du festival du film d’animation... Roubaix est devenu en 10 ans la référence de la génération digital native. Quel bonheur de voir tous ces ados des années 2010, broyés par les échecs, ceux qui se disaient les « mal aimés de la République », avoir accédé à l’emploi grâce à l’Université Métropolitaine du Numérique qui regroupe des petites structures de formation comme les écoles de 2ème chance, Pop School, le CFA de Tourcoing…

2025 ! Il aura fallu des décennies mais l’organisation territoriale de l’ETAT et des Collectivités territoriales est enfin aboutie. La MEL a pris toutes les compétences que lui permet la loi, elle a passé des accords de mutualisation avec toutes les villes moyennes des Hauts de France devenant un modèle de métropole connectée. Les intercommunalités regroupées donnent accès aux citoyens à une piscine dans toute la région (nous sommes en 2025!). Chaque semaine, nous sommes informés des décisions prises par le Conseil d’Administration Régional qui réunit auprès du Préfet les Directeurs Régionaux des grandes administrations. Plus attendue que les réunions du Conseil Régional, la Conférence Territoriale pour l’Action Publique réunit tous les trimestres les Présidents de toutes les grandes collectivités territoriales et organise chaque année la Conférence des Finances Publiques des HAUTS DE FRANCE, les citoyens savent maintenant comment est utilisé l’argent public dans la totalité des Hauts de France.

La véritable révolution sur l’organisation territoriale a eu lieu en 2020 avec la décentralisation totale des fonds du contrat de plan. L’Etat a décidé de faire totalement confiance aux élus et aux acteurs locaux en proposant une enveloppe financière nationale, répartie entre les Régions à concurrence de leur population, charge à chacune de décider librement de l’utilisation de ces fonds. Cette confiance dans la responsabilité des acteurs locaux a permis d’adapter les projets aux réalités des territoires.

Grâce à cette décentralisation des moyens publics, la région a résolument réalisé sa mutation. La rencontre de la révolution verte picarde et de la troisième révolution industrielle a créé les conditions d’un formidable booster à projets. La mue s’est faîte à ce moment-là vers un modèle plus sobre, plus propre, générateur de nombreux nouveaux emplois.

La force des politiques et des concepteurs de ces projets a été d’encourager l’appropriation citoyenne. Les appels à projets citoyens se sont multipliés donnant naissance à des actions qui non seulement font participer les individus mais les impliquent. Comme par exemple la mise à disposition gratuite de friches aux associations désireuses de réaliser des jardins d’agrément et potagers accessibles à tous. Des poulaillers partagés recyclent nos déchets alimentaires. Notre région la moins boisée de France verdit au sens propre du terme. Une vraie réussite comme la forêt Bruno BONDUELLE de Bondues.
Mes beaux fils me demandent de raconter comment c’était en 2O16, je sors ma collection d’Autrement Dit et délirons, un verre à la main, sur 2050.

« T’auras 103 ans Papé », « oui».

14:31 Publié dans A lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : autreement dit

02/05/2016

Négocier un accord Hauts de France sur les mobilités

On le sait, l’adéquation entre les lieux domicile-travail a volé en éclats depuis longtemps. Aujourd’hui les lieux de travail sont multiples, les rythmes de travail sont ultra flexibles, le management vertical s’écroule à l’horizontal. Comme tout changement, ces nouvelles organisations du travail sont sources d’inquiétudes.

Un accord négocié entre syndicats et employeurs des Hauts de France sur le travail agile permettrait :
- Un mieux-être au travail par une meilleure relation entre rythmes professionnel et personnel.
- Un facteur de dynamisation économique pour les entreprises, les administrations et les territoires.
Les mobilités sont organisées autour des centres urbains. Près de 89 % de la population régionale vit sous l’influence des grands pôles urbains. Environ 170 000 actifs occupent un emploi situé en dehors de la région. 120 000 actifs vont quotidiennement travailler en Ile-de-France, un peu plus de 26 000 travaillent en Belgique, sans compter les mobilités vers Reims ou Rouen.

Les partenaires sociaux ont évolué sur leur perception de l’agilité au travail
En mai 2015, le CESER Nord Pas de Calais, votait, très majoritairement, un avis « Pour un développement maîtrisé du travail agile comme levier d’une politique régionale de dé-mobilité » qui proposait :
- L’exercice systématique du droit à l’expérimentation du travail agile par les employeurs privés et publics.
- Un encouragement aux projets de tiers lieux innovants en région par le biais d’un appel à projets.
- Un maillage régional des offres de tiers lieux par une mise en réseau dans le cadre d’une politique publique régionale de développement des tiers lieux dans les territoires.

Le travail agile règle de nombreux problèmes.

- Les employeurs publics de la métropole pourraient s’engager à généraliser une ou deux journées de travail à distance pour l’ensemble de leurs agents. Région, Département, MEL, Ville de Lille représentent presque 10 000 agents. La réduction de leurs déplacements pendulaires constituerait un moyen efficace de lutte contre la congestion urbaine.
- Les employeurs privés pourraient favoriser le travail à distance et la pratique des horaires décalés pour permettre la conciliation de la vie professionnelle et familiale tout en améliorant la productivité.
- Proposer l’ouverture de services publics et sociaux à des horaires compatibles avec la vie professionnelle.

- Maintenir les salariés et fonctionnaires dans les territoires notamment ruraux c’est aussi maintenir de la vie sociale et de l’activité économique.

Négocier un accord Hauts de France sur les mobilités

On le sait, l’adéquation entre les lieux domicile-travail a volé en éclats depuis longtemps. Aujourd’hui les lieux de travail sont multiples, les rythmes de travail sont ultra flexibles, le management vertical s’écroule à l’horizontal. Comme tout changement, ces nouvelles organisations du travail sont sources d’inquiétudes.

Un accord négocié entre syndicats et employeurs des Hauts de France sur le travail agile permettrait :
- Un mieux-être au travail par une meilleure relation entre rythmes professionnel et personnel.
- Un facteur de dynamisation économique pour les entreprises, les administrations et les territoires.
Les mobilités sont organisées autour des centres urbains. Près de 89 % de la population régionale vit sous l’influence des grands pôles urbains. Environ 170 000 actifs occupent un emploi situé en dehors de la région. 120 000 actifs vont quotidiennement travailler en Ile-de-France, un peu plus de 26 000 travaillent en Belgique, sans compter les mobilités vers Reims ou Rouen.

Les partenaires sociaux ont évolué sur leur perception de l’agilité au travail
En mai 2015, le CESER Nord Pas de Calais, votait, très majoritairement, un avis « Pour un développement maîtrisé du travail agile comme levier d’une politique régionale de dé-mobilité » qui proposait :
- L’exercice systématique du droit à l’expérimentation du travail agile par les employeurs privés et publics.
- Un encouragement aux projets de tiers lieux innovants en région par le biais d’un appel à projets.
- Un maillage régional des offres de tiers lieux par une mise en réseau dans le cadre d’une politique publique régionale de développement des tiers lieux dans les territoires.

Le travail agile règle de nombreux problèmes.

- Les employeurs publics de la métropole pourraient s’engager à généraliser une ou deux journées de travail à distance pour l’ensemble de leurs agents. Région, Département, MEL, Ville de Lille représentent presque 10 000 agents. La réduction de leurs déplacements pendulaires constituerait un moyen efficace de lutte contre la congestion urbaine.
- Les employeurs privés pourraient favoriser le travail à distance et la pratique des horaires décalés pour permettre la conciliation de la vie professionnelle et familiale tout en améliorant la productivité.
- Proposer l’ouverture de services publics et sociaux à des horaires compatibles avec la vie professionnelle.

- Maintenir les salariés et fonctionnaires dans les territoires notamment ruraux c’est aussi maintenir de la vie sociale et de l’activité économique.