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29/03/2020

Comment décider et faire respecter les décisions en temps de crise.

Exceptionnellement, je reprend, ici des éléments, de ce que nous disons en formation continue Sciences Po ou en conseil en entreprise sur comment décider et faire respecter les décisions en temps de crise.

Quand ça va très mal, que la tempête couche le bateau, les passagers cherchent Le capitaine, ils scru-tent comment il tient la barre et comment les matelots respectent les ordres.
En entreprise, c’est la même chose.

Nous vivrons tous un jour ou l’autre une crise grave. Nous devons nous y préparer quand les vents ne sont pas contraires. Nous ne parlons pas ici de communication de crise mais de gestion de crise.

Il faut déjà qu’il y ait un décideur au statut de chef, pas un simple animateur, un responsable, mais un chef qui sait décider. Les méthodes de prise décisions ne sont pas neutres, plus elles seront connues et validées comme efficaces, mieux elles seront acceptées et appliquées. Aussi, toute décision prise dans « le secret des dieux » ou dans l’émotion sera sujette à la contestation. C’est en temps calme qu’il faut expliquer comment sont prises les décisions, dans votre entreprise, avec le chef que vous avez ( même s’il vous agace!). Dites vous que si votre chef n’est pas idéal, vous ne l’avez pas choisi.. mais c’est votre chef, point barre.

Plus l’entreprise est grande, plus il est dur d’identifier les lieux et méthodes du pouvoir. Plus le colla-borateur aura du mal à identifier le capitaine et plus il sera perméable aux rumeurs et fake news.

On peut toujours regretter que nous ne sommes pas formés aux contraintes du décideur, aux méthodes de prises de décisions, au concept de la complexité ou de l’analyse systémique. C’est à nous d’essayer de combler ces manques éducatifs.

Comme responsable syndical je disais « quand tout se précipite, tu appliques ce que les dirigeants te demande, tu remets à plus tard tes états d’âme ». Apprendre à prendre du recul à chaque fois que l’on ne comprend pas un ordre, ce n’est pas être un béni oui oui si en temps normal le droit à l’interrogation, au questionnement est reconnu. Encore faut il organiser ces plages de discussions libres et collectives.

Assumer le JE comme l’a fait MACRON est une obligation, la crise n’aime pas les nous et encore moins les boucs émissaires ou les échappatoires comme le « CODIR a décidé ». L’autorité doit être incarnée, nous ne sommes pas en bureaucratie.

Attention aux audits ou aux consultants-alibis, ( le recours au comité scientifique par le gouvernement, se comprend, un politique n’est pas un spécialiste des maladies infectieuses). Mais pour être compris, ce recours aux experts doit être expliqué. Rien ne sert de se référer uniquement à des sachants car le décideur décide à partir d’informations scientifiques où technologiques mais aussi financières, éthiques, sociales, règlementaires . L’inexpérience du pouvoir, le manque de courage, peut conduire à des fuites de responsabilité, vous avez fait un auto diagnostic en situation tendue, rappellez vous tou-jours que le seul comportement efficace est celui de l’assertivité.*

Respecter la chaîne de commandement, l’urgence ne justifie pas tout. Dans nos entreprises participa-tives, il est reconnu une certaine autonomie aux managers intermédiaires, cette autonomie est limitée en temps de crise. Paradoxalement, c’est dans ces entreprises plus horizontales que la chaîne de com-mandement réagira plus efficacement, parce qu’elle a l’expérience de faire le tri entre objectif et in-jonction.
Dans une entreprise verticale tout le monde regarde vers le haut, attends les ordres et avec le temps chacun se déresponsabilise et applique « à sa façon » les directives. A force de dire que nous sommes en crise, en état de crise, nous dramatisons des situations difficiles au point de banaliser une réelle situation de crise quand elle survient.

Tout cela pour demander de ne pas appeler crise n’importe quel dysfonctionnement ou pépin grave.

La crise c’est une situation où des vies sont en danger. Un accident sur site Seveso, un risque d’intoxication alimentaire de milliers de clients...
Toute situation où la vie de l’entreprise est réellement en danger.

Discerner le grave du vital est une fonction managériale que nous devons apprendre avec l’aide des managers expérimentés.

En période de crise, nous payons les conservatismes au prix fort. Savoir agir dans la société telle qu’elle est et non telle qu’on la voudrait. Notre société est foncièrement individualiste, concurrentielle entre collaborateurs, méfiante de toute institution et donc de tout pouvoir, super connectée où chacun se croit investi du pouvoir d’information... Dans cette société des rumeurs en tous genres, des fake news, nous voyons les conservateurs gagner du terrain. Or en temps de crise, les conservateurs sont incapables de remettre en cause l’existant et perdent un temps fou à prendre les bonnes décisions. ( notons que dans cette crise, notre gouvernement non conservateur a su rapidement décider)

Alors, comment faire?
Être plus que jamais objectif et factuel. Continuer à sérier les faits et les opinions. Une opinion n’est entendable que si validée par des faits.
Embarquer les réseaux indépendants de la direction comme les Comités Sociaux Économiques com-posés de syndicalistes élus et donc légitimes dans l’explication des décisions.
Ne pas être toujours en mode de management vertical. Le management par injonctions doit être réser-vé aux situations de crises graves.
Apprendre à bannir les injonctions contradictoires qui conduisent le collaborateur à ne plus savoir ce qu’il doit faire.
Instaurer une culture d’entreprise où chacun sait se situer dans la chaîne de commandement. Oú les méthodes de prise de décision sont connues et validées.
Enfin, et c’est le plus important, où le capitaine est incarné comme le décideur qui décide de l’essentiel c’est à dire le vital et laisse une grande autonomie pour la gestion du quotidien.

C’est aussi une société où régulièrement sont ouverts de vrais espaces de débats et de libertés où les curseurs sont ensuite repositionnés.Tout le contraire du grand débat ou du débat permanent du café du commerce.

11:45 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crise 2020

22/03/2020

Marre de défendre des imbéciles

Le révélateur de tous nos maux,
ou comprendre comment, un militant, peut parfois en avoir marre de défendre des imbéciles.

En 1969, 8 jours après avoir été élu représentant du personnel, je dis à mon responsable syndical : « les gens me prennent pour un con », il me répond: « t’as pas fini, sais tu ce qui est plus biête qu’un gin ? ...deux gins et nous on a décidé de les défendre tous! Ché comme cha ». Depuis, j’ai été servi.

En voyant les gens s’embrasser le soir des élections, en refusant de participer à la cohue sur le PQ de mon Intermarché, en entendant les « tu ne vas quand même pas croire à ça », je me suis surpris à penser que j’ai toujours défendu ces personnes irresponsables et insouciantes.

Mais aujourd’hui, sans rien regretter de 50 ans de militantisme solidaire et je crois responsable, ce n’est plus un coup de gueule mais une grosse engueulade du syndicaliste que méritent celles et ceux, qui, à cause de leur comportement font que je peux mourir et que d’autres mourons.
Au moment où ces lignes sont écrites, un conseil éthique, est chargé de dire comment faire, si nécessaire, le tri entre les grands malades pour accéder aux soins avec entubage, soit vivre peut être ou mourir sûrement. Ce n’est pas facile à dire mais ce sont nos morts qu’il s’agit d’éviter et ce mercredi certains n’y croient toujours pas.

Ces grandes pandémies sont dues à des choix de société et de développement, même le Président MACRON dit vouloir les remettre en cause. Mais aujourd’hui, la preuve en est dramatiquement faite, le changement de société est une fumisterie si nous ne changeons pas d’abord nous mêmes nos attitudes, nos comportements. Il s’agit d’éthique personnelle , d’éthique dite de la responsabilité, si peu enseignée . Et ce n’est facile pour personne. Le changement est d’abord entre nos mains réunies dans un même sursaut de solidarité et de responsabilité.


Une société individualiste et de défiance qui court à sa perte.
La défiance, ce fait de ne plus faire confiance à toute autorité politique, scientifique, morale, conduit à faire confiance à des charlatans. Comme tous ces posts diffusés sur Facebook « je vous fait suivre le message d’une chirurgienne.. » dont personne ne connaît le nom expliquant qu’il faut boire de l’eau chaude pour se préserver. Message relayé par des proches. Comment a t’on pu raté cette éducation rationnelle du bien vivre ensemble.Les mesures les plus efficaces, se laver les mains, éternuer sous le coude, un mètre de protection...auraient dû être apprises dès le plus jeune âge, c’est un échec collectif.

L’individualisme exacerbé, imagé par le premier de cordée, nous a conduit à des comportements passifs consistant à tout attendre des autres, d’injonctions hiérarchiques ou de la loi. Le mortel du « j’ai le droit » des enfants à qui nous ne savons plus répondre, au mortel « on ne nous dit pas tout » à quoi on n’ose même plus répondre, font les ravages que nous connaissons. Restaurer la confiance dans les institutions comment est ce encore possible?


Ayons une pensée pour les maires nouvellement élus qui, aux pieds des immeubles des quartiers relevant de la politique de la ville n’ont aucune solution pour alléger les conséquences du confinement ressenti comme une maltraitance par ces familles défavorisées contraintes de vivre déjà dans la promiscuité.

Oui, il est l’heure de revoir de fond en comble nos façons de vivre. Nous savons encore plus maintenant que ce sera très,très difficile.

12:29 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : defense

10/03/2020

L’école de la deuxième chance devient le Campus de La remotivation

L’ école de la deuxième chance du Grand Lille est née de la volonté de Bruno Bonduelle, alors Président de la CCI Grand Lille entouré d’une poignée de femmes et d’hommes très engagés. Après plus de 10 ans d’activité, l’école s’est remise en cause.

Les e2c sont reconnues comme un des dispositifs de réinsertion les plus efficaces en France, selon les rapports du Sénat, de la Cour des Comptes, de la DARES … ce qui en dit long sur leur efficacité.

Et pourtant, malgré ces constats et les success story qu’on peut trouver dans les e2c, celles ci pourraient être en difficultés pour trois raisons :

- La pluralité des difficultés sociales encore plus accrues chez les jeunes non qualifiés.
- La difficulté de croire en une école fut-elle de deuxième chance pour ces jeunes quand l’école de la République n’a pas su ou voulu répondre à leurs personnalités et spécificités.
- La pédagogie des e2c a été copiée-collée par les pouvoirs publics, dans leurs appels d’offres de formations créant une fausse concurrence entre les opérateurs.

Devant ces constats, les administrateurs de l’e2c Grand Lille ont décidé de réadapter leur école en profondeur. Convaincus que la motivation existe nécessairement chez ces jeunes non qualifiés mais qu’il faut aller, à nouveau, la rechercher, ils ont créé avec les salariés « le Campus de la Re motivation ». On ne parle donc plus d’école, tant l’école traditionnelle est définitivement rejetée, disqualifiée par les jeunes concernés.

Le Campus est aujourd’hui l’une des formes les plus abouties de ce que l’on peut proposer aux jeunes non qualifiés car il part de la liberté pédagogique encore possible dans les e2c, de leur capacité de réagir aux changements et de leurs liens ténus avec le monde économique.

Le Campus doit répondre au premier problème dit du sourcing, car ces jeunes ont décroché de tout, au point d’être devenus « invisibles » aux institutions qui en ont la charge. Le Campus, c’est une organisation qui n’attend pas les inscriptions mais considère que sa responsabilité est de trouver en propre les moyens d’aller chercher ces jeunes et surtout de ne pas les perdre dans les premiers jours comme c’est trop souvent le cas. Les sept premières semaines ont donc été repensées pour s’assurer de l’ancrage du jeune sur cette deuxième chance si exigeante après de longues années d’inactivité.

Le Campus répond à un souci encore plus grand d’accompagnement et d’individualisation avec le Plan Individuel de Motivation, les PIM, véritables boussoles de l’insertion vers l’emploi. Beaucoup plus inconfortables que les anciens plannings collectifs, ces PIM exigent une souplesse et une réactivité de tous les instants. On ne parle plus de formateurs mais de référents, tous les salariés du Campus sont des référents.

Pour susciter l’envie d’apprendre chez ces jeunes, le Campus permet au stagiaire de se substituer au formateur en s’appropriant de nouvelles méthodes d’apprentissage. Il donne la possibilité à ces jeunes, de suivre des formations plutôt destinées à des diplômés (philosophie, joutes oratoires …)

Pour en savoir plus contactez moi.