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12/09/2017

Si c’est ça les ordonnances de la révolution copernicienne...


Cocerter n’est pas négocier, quoique approfondie la concertation sur le droit du travail a laissé totalement la main et la responsabilité, au gouvernement qui, au final, décide et ordonne. Syndicats de salariés et d’employeurs payent leur incapacité à réformer par la négociation ce qui est leur job : le droit du travail.

Le dialogue social est d’abord une question d’acteurs dont il faut renforcer leur capacité à s’engager à l’abri de toute pression, les conditions de la loyauté de la négociation ne sont toujours pas traitées. Les thèmes de négociation ne prennent pas assez en compte les évolutions technologiques et managériales. La différenciation entre accord négocié et décision unilatérale concertée auraient mérité clarifications. Aussi les ordonnances ne répondent pas aux énormes mutations de notre économie. C’est ainsi qu’il faut comprendre la « déception » et c’est peu dire, des syndicats réformistes pourtant majoritaires. Nous sommes loin de la codétermination allemande ou tout simplement de la place des salariés dans les conseils d’administration. Il n’y a aucune innovation comme par exemple l’instauration d’accords territoriaux.
Les nouvelles réalités du travail ce sont ces bandes de jeunes cyclistes, à l’heure du diner, harnachés avec leur énorme caisson thermique sur le dos, prenant tous les risques pour gagner quelques euros, ces ordonnances ne changeront rien à leur vie de gagne misère. Mesurons, avec cet exemple, combien est choquant le slogan « faciliter les licenciements pour faciliter les embauches », combien est fumeuse l’idée qu’il est possible de négocier sans l’aide des syndicats dans les petites entreprises (allez donc négocier un accord d’entreprise dans ces fast-foods).

Par ailleurs, en cas de licenciements dans une entreprise internationale seul le périmètre national sera pris en compte, le dialogue social globalisé n’est pas pour demain.

Ceci étant dit, les 5 ordonnances ont le mérite de donner de nouveaux espaces au dialogue social que les acteurs économiques ont, aujourd’hui, la mission, le devoir, d’investir :

1 L’accord majoritaire est généralisé avec l’entreprise comme lieu privilégié de la négociation.
2 La branche est confirmée dans sa fonction de filet minimum de sécurité, surtout pour les TPE.
3 L’instance unique de représentation du personnel sera généralisée dans les PME regroupant toutes les prérogatives DP/CE/CHSCT, sous réserve des moyens accordés pour les assumer.

C’est peu.

15/07/2017

L’équité territoriale n’est qu’un discours récurrent, bien que...

Mon territoire à moi. Bien plus que l’ancienne Région Nord Pas de Calais, la Région des Hauts de France est une région de territoires. Dit autrement, le territoire régional est caractérisé par une grande diversité de territoires qui à ce jour, sont loin de constituer un ensemble assumé et certainement pas solidaire. Si ce n’est plus la bataille des beffrois, c’est encore du chacun pour soi.

Un contrat de territoires. Quand les taux de chômage vont du simple au double, (à l’exemple des 7,9% du territoire de Flandre-Lys et des 16,4% de la Thiérache), il est démagogique de penser que la politique économique régionale doit être une et indivisible. Le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires (au nom barbare et incompréhensible de SRADDET) n’a, alors, de sens et de pertinence que s’il est décliné en schémas particuliers pour chaque territoire. Je revendique un contrat de territoires où, dans le cadre prescriptif du schéma régional, chaque territoire engage son avenir. Ça suffit de quémander l’équité, l’avenir ou le non avenir du territoire appartient d’abord aux acteurs de ce territoire. A moins que les EPCI attendent par incantation, leur bonheur du Préfet ou du Président du Conseil Régional !

Une Métropole qui ne fait aucun signe aux territoires qu’elle est sensée booster. Au CESER, je me bats contre ceux qui parlent de métro-spoliation. Sans la MEL, la Région des Hauts de France se décapite. Mais que fait la MEL pour travailler avec les territoires ? Pourquoi ne pas organiser « une tournée des territoires » où un vice-président viendrait humblement demander : « qu’attendez vous de votre Métropole ? ». Rien et c’est au revoir. Un peu et on discute.

Le rôle irremplaçable du Préfet. Nous ne le savons pas assez, mais l’intervention de l’Etat en région est décisive, comme d’ailleurs l’intervention des fonds européens. Dans un rapport intitulé « la place de l’Etat en région », le CESER préconisait entre autres, l’instauration d’une conférence régionale des investissements publics en région. Souvent de manière un peu lâche, les Politiques parlent de désinvestissement de l’Etat, c’est évidemment loin d’etre le cas. Pour couper court à ces faux débats, il faut mettre sur la table la consolidation par territoire des investissements publics engagés et à engager sur chaque territoire. Je suis sûr que nous parlerons, alors, autrement de l’équité territoriale. Voilà 7 ans que j’ai commis ce rapport, il est toujours lettre morte.

10:25 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : territoires

31/05/2017

Casser les codes, construire des équipes improbables, tenter d’expliquer le complexe, bâtir des ponts, ça prend toute une vie

Nous vivons une période formidable, où nous sommes amenés à réfléchir très vite à de nouvelles façons de penser le politique et le social. Un régal.

Quand le Politique m’amène à feuilleter des textes de Paul RICOEUR, quand il met en action de nouvelles générations de militants et fait le pari de la relation quand nos entreprises préfèrent encore la tâche à la relation, comment faire la fine bouche.

Le « et en même temps » comme le bien nommé « Autrement Dit » nous obligent à surpasser nos synthèses et nos points de vue, installés comme des acquis. Ainsi quand nous considérions que le clivage droite gauche était devenu inopérant, le « et en même temps de droite et de gauche » nous porte à réfléchir sur la plus-value que peut nous amener le meilleur de la droite et le meilleur de la gauche. Cette réflexion ringardise celles et ceux qui ne voient aucune valeur commune entre gauche et droite.

Nous voyons, par ailleurs, fleurir la notion de « compatibilité ». Suis-je compatible avec Untel ou Untel ? Au-delà du coté clivant de la question, elle nous permet d’affirmer, ici, avec force, notre compatibilité y compris avec nos plus grands opposants. Au moment de la discussion sur le dialogue social il est salutaire de rappeler que la négociation implique la recherche de « compatibilités » entre les parties. A quel niveau de clivage et d’intolérance sommes-nous arrivés quand nos médias s’interrogent sur DARMANIN est-il compatible avec HULOT ? Ce n’est pas la moindre des vertus de ce gouvernement de faire le pari de la diversité sur l’uniformité mais aussi celui de la compatibilité sur l’opposabilité instaurée en système...
La période nous invite enfin à réactualiser nos formations aux sciences politiques et sociales. Ainsi notre dernière tribune sur les 3 révolutions qui motivent ou déstabilisent les syndicalistes et les DRH fera l’objet d’un petit déjeuner, ce 2O juin à 8h3O, dans les locaux de Sciences Po rue Angelier à LILLE. Plusieurs experts, opérationnels du dialogue social, décrypteront ces évolutions majeures à quelques jours du débat sur les ordonnances, je vous invite à ce moment utile pour la démocratie sociale et la compréhension des débats et des clivages de cet été.

Dans les prochaines tribunes il sera temps de parler de ce qui fâche car, en même temps, tout n’est jamais aussi clair qu’on le voudrait.