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09/03/2018

Sans intérêt général, pas de démocratie.

Dure dure cette période pour les militants de l’intérêt général. La décision concernant Notre Dame des Landes nous appelle à réfléchir au concept d’intérêt général.

Comme la société le syndicalisme a toujours été divisé sur la défense de l’intérêt général. Force ouvrière considère que son rôle est de défendre les intérêts individuels et professionnels, défendre l’intérêt général c’est le rôle du politique. Pour la CGT, proche de la culture des corporations comme la défense des cheminots, des ouvriers imprimeurs, des dockers, les intérêts corporatifs ne s’opposent pas à l’intérêt général. Pour SUD, le travailleur a toujours raison, l’intérêt général est un concept qui aliène. La CFDT et la CFTC se démarquent radicalement des autres syndicats en faisant de la défense de l’intérêt général, un marqueur de leur identité syndicale, un combat difficile à assumer.

Nous voyons avec ce rapide aperçu que la notion d’intérêt général ne va pas de soi. Pour moi l’intérêt général est en recul.
Les rythmes scolaires sont ceux des enseignants et des parents qui ne travaillent pas le week-end, peu importe que nos enfants soient très fatigués et en retard scolaire dans les stats européennes. L’intérêt de l’enfant est blaqueboulé pour les intérêts des adultes !
Les déserts médicaux sont des attentats permanents à l’intérêt général de la santé. Les médecins libéraux refusent toute régulation contraignante de l’installation des médecins au nom des libertés individuelles, bien sûr.

Le financement des maisons de retraite et des Ehpads n’a toujours pas été résolu mettant des personnes âgées et leurs familles dans des situations insupportables. Combien de citoyens se disant choqués sont d’accord pour financer par l’impôt une vraie prestation autonomie ? A chacun de se débrouiller avec ses vieux parents.

Les victimes des inondations se retournent vers l’Etat. Les permis de construire accordés en zone inondable répondaient à des intérêts particuliers et maintenant -comme toujours devant l’accident- nous en appelons à l’intérêt général.
Nous pouvons encore citer : le débat sur la vaccination obligatoire, la limitation de vitesse, le péage urbain, l’installation des antennes relais… à chaque fois le législateur est confronté aux résistances individuelles qui s’opposent aux intérêts collectifs. Contaminer ses collègues, provoquer un accident, participer à la trombose urbaine… est ce à mettre en balance avec la liberté de faire ce que l’on veut ?

L’individualisme, l’égoïsme et tous les « quant à moi » abiment nos sociétés, ne les laissons pas prospérer. C’est un combat militant.

19/11/2017

Quand les DRH se forment à Sciences Po sur le management des relations sociales.

La formation continue intéresse aussi les DRH. Ainsi le département formation continue de Sciences Po LILLE propose depuis plusieurs années une formation de 130 heures aux Responsables des Ressources Humaines désireux de se perfectionner dans la pratique des relations sociales.

C’est regrettable, mais les formations en ressources humaines sont essentiellement juridiques, basées sur la gestion individuelle des parcours professionnels. Or, l’actualité c’est avant tout la gestion, à la fois des règles mais aussi des comportements des acteurs, du dialogue social.

Abreuvés de littératures juridiques sur les ordonnances travail, les DRH sont bien démunis pour savoir par « quel bout » prendre langue avec les délégués syndicaux. Les mêmes qui hier se plaignaient du trop plein de réunionites institutionnelles, renâclent (et c’est peu dire) à l’idée de rationaliser le temps passé dans les instances DP-CE-CHSCT. Le CSE, nouveau Comité Social Economique, instance proche du modèle allemand percute la vieille culture commune DRH/délégués syndicaux.

Le bouleversement des relations syndicales en particulier avec la CFDT (avec le temps les DRH avaient appris à gérer la CGT) et la nouvelle mesure de représentativité, mais aussi les stratégies zigzag de FO et de la CGC, inquiètent les Responsables des Relations Sociales.
En ces domaines rien ne s’improvise ! Et même si souvent la préparation d’une NAO (négociation annuelle obligatoire) se fait sur un coin de table, toutes les entreprises un peu dynamiques, ont compris qu’un diagnostic approfondi préalable était nécessaire.

Les responsables de Sciences Po LILLE ont perçu ces évolutions, ils proposent une formation certifiante Sciences PO intitulée « Pour un management actif du dialogue social ». L’originalité de cette formation basée sur des mises en situation est coanimée par un tandem d’anciens DRH et Responsables syndicaux devenus consultants, leur expérience incontestable légitime les méthodes et techniques utilisées. Réaliser un diagnostic et un plan d’actions des relations sociales, décider d’une stratégie d’action dans le contexte actuel, est un objectif de cette formation. L’implication des enseignants Sciences Po sur la médiation, les négociations internationales, la gestion de conflits (retour à la paix), les cultures continentales de la négociation… permettent d’élargir la culture des auditeurs.

Nous pouvons être fiers de posséder dans notre région une telle formation. Mais les employeurs ont-ils compris que le management du dialogue était aussi stratégique ?

08:23 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sciences po

30/09/2017

Du bon et du moins bon dans le nouveau paysage syndical.

Après cette séquence sur les ordonnances, pour les syndicats, il y a du bon et du moins bon.

Le bon : les syndicats réformistes, déjà majoritaires en représentativité, se renforcent avec FO. Les relations syndicats/gouvernement sont enfin devenues matures et ont conduit tous les syndicats, sans exception, à se parler et se concerter ; ce ne sera pas superflu car avec la suppression du paritarisme aux ASSEDICS, le bigbang de la formation professionnelle et l’unification des règles de calcul des retraites, c’est à une boulimie de réformes que MACRON invitent les syndicalistes.

Le moins bon : la concertation a clairement donné l’avantage aux employeurs, un coin a été enfoncé dans le monopole syndical dans les TPE PME, les règles de loyauté dans la négociation sont toujours absentes. Le MEDEF est plus lobbyiste que jamais.

Passons en revue chaque syndicat :

La CGT continue à masquer ses divisions par un surcroit de contestation, concurrencée par France Insoumise.

La CFTC, comblée d’avoir sauvé sa représentativité, monnaye son appoint, décisif, pour la signature d’accords majoritaires.

La CGC (à égalité avec la CGT, 7 points derrière la CFDT dans l’encadrement) se cherche une énième stratégie, elle cultive le mécontentement et refuse l’étiquette de réformiste.

FO a tiré (semble-t-il durablement) les leçons de son positionnement contre la loi EL KOMRI, effectuant un revirement à 360 degrés sur les ordonnances droit du travail. Même si en interne ça tangue (plus de la moitié des unions départementales), J C Mailly veut transmettre le témoin à Pascal PAVAGEAU sur une ligne syndicale réformiste. Gouvernement et employeurs vont vite vérifier la fiabilité de leur interlocuteur.

La CFDT, profondément déçue de l’arbitrage gouvernemental sur les ordonnances, est l’organisation qui avait le plus travaillé ses 50 pages de propositions. Elle qui, seule, a appelé « à voter Emmanuel MACRON » n’a pas été entendue sur les deux marqueurs plébiscités par ses militants, à savoir le monopole syndical pour négocier et avancer vers une codétermination à l’allemande. La CFDT qui travaille sur le temps long sait que gouvernement et patronat ont besoin d’interlocuteurs fiables, mais elle ne mettra plus jamais en cause sa cohésion interne encore renforcée suite aux ordonnances.

Jamais la France n’a eu l’expérience d’avoir comme premier syndicat un syndicat réformiste qui pèse plus de 30%. La CFDT veut rassembler 10 000 militants à Paris, le 3 octobre, on sait qu’ils sont capables de soutenir les réformes mais il ne faudra plus les décevoir.