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25/05/2018

Depuis 40 ans, la fête du travail se cherche comme le travail.


Où sont passés les Premier Mai revendicatifs, populaires et festifs des années 70. Je n’en manquais aucun. En quatre décennies, mortes et enterrées ces fêtes du travail conviviales et rien ne les a remplacées. Pour de nombreux militants réformistes, le Premier Mai est aujourd’hui synonyme de grasse matinée et de repos. Déjà dans les années 80, Edmond MAIRE, Secrétaire Général de la CFDT, avait refusé de participer à une manifestation où le syndicat appelait. Il n’y voyait pas d’intérêt.

On peut regretter, en ces moments de fort chômage, la sortie provocante et peu respectueuse du monde du travail – non ce n’est pas un gros mot- du Président de la République qui se vante de travailler, lui, tous les jours même le premier mai, comme si ce n’était pas le cas du salariat de 2018 !

Le Premier Mai fait partie de notre culture commune, le familistère de GUISE avait souhaité instaurer une fête des travailleurs, mais ce sont les syndicats américains de l’AFL-CIO qui se sont battus pour le Premier Mai et ont été les premiers à le fêter à CHICAGO en I886. En 1991, avec Pierre MAUROY, alors Premier Ministre, nous manifestions à FOURMIES pour le centenaire du premier mai où ont été tués 6 ouvriers.

On peut, comme beaucoup, ne pas manifester ce premier mai 2018, mais -en même temps- respecter et même honorer cette mémoire collective comme nous le ferons pour mai 68. Oui, les propos du Président étaient choquants.

Cette chronique s’interroge chaque semaine sur les évolutions, souvent radicales, du monde du travail, évolutions qui attisent les tensions sociales.

Le dernier congrès de Force Ouvrière qui s’est tenu à LILLE dans une ambiance détestable a montré combien les dirigeants syndicaux avaient les pires difficultés pour faire bouger les lignes et les comportements militants.
Jean Claude MAILLY qui a tenté d’ouvrir un dialogue constructif avec le gouvernement pour infléchir les ordonnances travail a été ainsi malmené pendant toute la semaine.
Dans tous les syndicats, les dirigeants sont en difficulté, nous avons vu les deux responsables régionaux de la CFDT démis de leur fonction parce que jugés collants trop aux nouvelles modifications du territoire régional. Désemparés devant les stratégies patronales et gouvernementales et encore plus devant celles des salariés, trop de délégués syndicaux se retranchent derrière un discours certes virulent mais peu opérant. Bien sûr, rien ne dit que les efforts mis par de nombreuses sections syndicales pour comprendre ces évolutions et les négocier soient vains, bien au contraire.

Nous comprenons alors pourquoi depuis 40 ans, à cause du travail, la fête du travail comme les syndicats se cherchent

09:23 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1er mzi

05/05/2018

Et si la stratégie gouvernementale avait pour ambition d’imposer un changement de paradigme dans la conception du rôle des syndicats ?

Semaine après semaine, les relations entre le gouvernement MACRON et les syndicats deviennent de plus en plus problématiques. Les congrès de Force ouvrière, la semaine passée, et celui de la CFDT qui se prépare, illustrent le profond fossé qui se creuse entre des militants qui ont souvent voté MACRON et qui déchantent dans un désarroi grandissant.

Quand le gouvernement engage une négociation ou décide de recourir à une concertation, alors qu’il en a prédéterminé les résultats, il dégrade durablement la relation et génère potentiellement une relation de confrontation avec ses interlocuteurs.

Relevons cet enseignement du conflit SNCF : si l’on a déjà écrit, ou si l’on a déjà annoncé le résultat final, il n’est jamais bon d’engager ou de feindre engager une discussion. D’autant plus quand la décision prédéterminée se situe à mille lieux de l’objectif de la partie adverse. C’est pourtant ce qu’a fait, à dessein, le Premier Ministre en annonçant le 26 février : « A l’avenir, à une date qui sera soumise à la concertation, il n’y aura plus de recrutement au statut ». Il confirmera encore les sujets non négociables : l’ouverture à la concurrence, la réorganisation de l’entreprise et la fin du recrutement au statut. Dans le même temps, le chef du gouvernement et la ministre des transports ne cessent d’assurer qu’il existe bel et bien un espace de négociation, puisqu’un cycle de concertation est en cours pour « discuter » des modalités de mise en œuvre des décisions. Cette volonté de concertation est si claire que la date d’arrêt des recrutements au statut sera connue des négociateurs syndicaux en lisant la presse !

C’est le b a Ba des formations aux relations sociales, soit on veut maintenir la relation et on engage alors une véritable discussion en acceptant une issue tenant compte des points de vue de chaque partie, soit on décide seul en assumant « courageusement » le caractère non négociable de la décision.

Les leaders syndicaux réformistes qui ont accepté, par conviction, cette concertation sont aujourd’hui pris à parti par de nombreux militants qui leur reprochent une certaine naïveté voire de la complaisance avec le pouvoir, (cf. les critiques entendues au congrès FO contre Jean Claude MAILLY).

Le 12 avril, les leaders CFDT, CFTC et UNSA, dans une vibrante tribune intitulée « Des réformes mais plus de démocratie sociale », ont clairement exprimé leurs difficultés à être des acteurs dans les réformes en cours. En effet, les ordonnances travail, l’assurance chômage ou encore la formation professionnelle ont relevé d’une stratégie gouvernementale similaire faite de multiples « espace-temps » d’échanges (concertation, négociation interprofessionnelle, réunions multilatérales) mais dans un cadre contraint et toujours avec des mesures pré-écrites voire dictées par le gouvernement.

Aussi, il apparait chaque jour un peu plus que la réforme de la SNCF, au-delà du fond, entend parachever, consacrer voire sacraliser le changement de paradigme que la nouvelle majorité veut imposer aux organisations syndicales.

21/04/2018

Les réformistes sortiront ils du piège ?

S’il y a un secteur à réformer depuis longtemps, c’est celui du ferroviaire.

La force et le drame de la SNCF est sa culture syndicale. Les syndicats sont intégrés au fonctionnement de l’entreprise, rien ne se fait sans eux. Le mode opératoire syndical est le recours à la grève préventive, une grève autoproclamée au service des usagers et par procuration pour tous les salariés inquiets d’un potentiel déclassement. Ces syndicalistes ne laissent pas indifférents celles et ceux qui regrettent la perte d’influence syndicale. Dans les sondages, c’est du 50/50 entre partisans et détracteurs.

Une corporation dont une minorité dispose d’un pouvoir incomparable : les conducteurs de train.

Et ce passé où droite et gauche ont toujours plié devant l’obstacle.

L’échiqier des acteurs en présence est assez simple à déchiffrer. Les non réformistes, CGT en tête, mais en compétition avec les jusque-boutistes de SUD RAIL. Une CGT historique ayant eu de grands leaders comme Bernard THIBAUT qui perd en audience à chaque élection. Les réformistes de l’UNSA et de la CFDT d’un côté, et de l’autre,les réformistes macronistes au gouvernement. Ces réformistes majoritaires dans les sphères syndicales et politiques.

Et pourtant, ce sont les réformistes qui sont en difficulté. Depuis des mois, le réformisme étatique de MACRON irrite (et c’est peu dire) les réformistes syndicaux qui n’arrivent pas à trouver la bonne stratégie pour peser sur les choix gouvernementaux. Tout le monde le sait, la porte de sortie se trouve chez les syndicats réformistes. Mais Le gouvernement semble tenté de vouloir s’en sortir seul et les syndicalistes s’en aperçoivent dans les réunions dites de négociation.
Pour sortir du piège tendu par cette grève violente qui met à mal notre économie, la vie quotidienne des citoyens et… la crédibilité des acteurs politiques et syndicaux, il faut absolument refuser une sortie avec un seul gagnant.

Nous connaissons les clés de la négociation : écrire une convention collective cheminote de haut niveau qui remplacera pour les futurs embauchés le statut SNCF et, en contrepartie, la reprise de la dette. Cette équation est aujourd’hui clairement posée, en particulier par Laurent BERGER de la CFDT. Reste à la résoudre.

Les réformistes gouvernementaux et syndicaux trouveront ils un terrain d’entente sur le contenu de cette nouvelle convention collective qui dépend aussi de la branche patronale du ferroviaire ?

Pour sortir, la tête haute, la balle n’est pas du coté des contestataires mais des partisans de la réforme.
Préparons-nous à soutenir sans tortiller le compromis qui, espérons-le, se prépare.

05:47 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réformistes