140247

22/09/2014

Y a-t-il encore raisons à espérer? Bien sûr que oui!

Dans cette rentrée morose, y a-t-il des raisons d’espérer, me demande le rédacteur en chef et je réponds sans hésitation, qu'il y a mille raisons pour ne pas baisser les bras, ne pas sombrer dans le désespoir, de voir le positif même quand le négatif nous aveugle. A contrario, désespérer, c’est renoncer et ne pas être très responsable envers les générations futures.

Remettons nos idées au clair. Oui, je suis indigné de voir tout ce qui se passe. La situation du chômage, de la pauvreté est inacceptable. La décapitation d’un journaliste par des fanatiques, la détresse des femmes ukrainiennes face aux horreurs de la guerre sont insupportables. J'ai envie de vomir quand j'entends la nouvelle ministre de l'éducation attaquée sur ses origines marocaines ou sa coupe de cheveux, quand on veut me faire croire, comme un gros béta, qu'une mosquée va s'implanter au premier étage de la Tour Eiffel. Tout cela est révoltant, mais c'est quand même facile, avec un peu de bon sens, de démonter ces bobards et de ne pas participer à la propagation de toutes ces rumeurs qui tentent de remuer ce que nous avons de plus laid en nous.

Ma première raison d'espérer est liée à mes convictions humanistes, mon espoir en l’Homme, en l'intelligence humaine. La capacité de raisonner est donnée à tout le monde, je fais donc confiance aux Personnes que nous sommes pour ne pas tomber dans les pièges qui nous sont tendus. J'entends de grandes voix religieuses, syndicales, associatives et même politiques nous appeler à cet effort, cela ne dépend que de nous.

Ma deuxième raison d'espérer est la nouvelle politique économique dite de l'offre. Il y aurait de quoi être pessimiste si notre gouvernement n'avait pas changé de cap, s’était entêté dans l’échec. La politique de l'offre vise à faire baisser le coût du travail, à mettre quelques dizaines de milliards dans les facteurs de production que sont les investissements, les formations qualifiantes et la recherche développement. Relancer la production passe par cet effort que, paresseusement, nous avions jusqu’alors refusé. Le pacte de responsabilité, le CICE, vont dans ce sens. Par ailleurs, je ne comprends pas cette propension à donner plus d'importance à un livre de ragots qu'à un plan de 40 milliards d'euros. Moi je n’ai pas d’argent, ni le temps pour lire le livre, mais j'ai lu le plan, question d'efficacité et de responsabilité!

Ma troisième raison d'espérer est de voir augmenter le RSA de 2%. Quand on nous parle d'austérité, il existe bien un volet solidarité au pacte de responsabilité et même si c'est difficile de vivre avec 509 euros pour une personne seule ou 764euros pour un couple qui ne travaille pas, je me refuse à dire que l'on ne fait rien pour les pauvres. Il faut aller à Londres, Berlin, Lisbonne, pour se rendre compte de ce qu’est l’austérité. Tant que ces actes de solidarité existeront, je ne cracherai pas dans la soupe, je ne baisserai pas les bras.

Ma quatrième raison d'espérer est dans les dernières décisions du sommet international de Newport. Les guerres en Ukraine, Irak, Syrie, portent en elles de graves menaces pour notre propre sécurité. Les réponses sont tout sauf simples. Devons nous vendre les deux bateaux de guerre à la Russie et perdre ainsi la confiance en la parole internationale de la France? Je remarque que notre pays n'a pas fui ses responsabilités et renié ses idéaux en retardant la remise du premier mistral tout en s'engageant dans les négociations diplomatiques pour un cessez le feu bien sûr fragile. Dis autrement, nous voyons bien que les hommes et femmes de bonne volonté, y compris à la tête des Etats, ne baissent pas les bras, qu'il est toujours possible d'allier écoute et fermeté, force et négociation.

Alors bien sûr qu'il ne faut pas être naïf. J’ai ici décidé de voir le verre à moitié plein. La (les) situations est grave, tous les clignotants sont au rouge, les loups hurlent partout, les faucons distillent leur agressivité, mais il faut toujours raison gardée. Être raisonnable c'est regarder le verre à moitié vide et ne pas se laisser aller à en rajouter car nous n'avons rien à gagner, à dire, qu'il est vide et ainsi à mentir.

Oui je crois aux femmes et aux hommes raisonnables, capable de raisonner et de faire entendre raison. J'y crois d'autant plus, Monsieur le rédacteur en chef, que votre journal en est la preuve à chaque numéro. Nous pouvons exprimer nos désaccords sans être obligés de noircir la réalité et de nous claquer la tête contre le mur.

03:35 Publié dans A lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'espoir

11/09/2014

Jean Paul JACQUIER nous a fait la nique, une dernière fois

Quand d'autres syndicalistes cherchaient de fausses bonnes raisons à la crise du syndicalisme des années 80, Jean Paul JACQUIER, secrétaire national de la CFDT, décide d'expérimenter de nouvelles méthodes, de nouveaux outils pour retrouver une meilleure efficacité au service des salariés. Il est bien seul, à l'époque.

Son parti pris est de prendre le contre pieds radical des syndicalistes dits purs et durs, sûrs d'eux,incapables de remettre en cause leurs fondamentaux. Dans son livre, un peu délirant, "les cowboys ne meurent jamais", il propose un new deal syndical aussi décapant sur la forme que sur le fond.

J'ai adhéré rapidement au style JACQUIER, provocateur, irrévérencieux, décalé.. mais surtout basé sur l'expérimentation. Ainsi, l'autre jour avec Françoise BOUREL, nous nous rappelions l'épopée du premier Forum des Comités d'Entreprise. Jean Paul, considérant la bonne image des CE ( par ailleurs très décriés par ceux qui refusaient l'institutionnalisation du syndicalisme), décida de valoriser les actions innovantes menées par les élus, y compris les non syndiqués qui étaient majoritaires. Françoise était chargée de l'accueil, "le plus convivial possible" avait exigé JP, mais voilà qu'à l'heure dite, les visiteurs étaient rares et c'est la peur au ventre que nous regardions les stats d'entrée... Le premier Forum fut un succès.
Autre "innovation" de Jean Paul, l'analyse informatisée des accords négociés en entreprise. Cela paraît normal aujourd'hui, mais ce fut à l'époque une vraie révolution syndicale. Il n'était pas habituel de valoriser les acquis syndicaux, modestie oblige, le syndicaliste ne devait pas se mettre en avant, un bon syndicaliste devait se faire mal, Jean Paul raillait cette vision masochiste du militantisme. Il avait le syndicalisme joyeux, flamboyant.

Dans un papier hebdomadaire dans le journal officiel de la CFDT, intitulé "pingpong", JP clouait au pilori le gouvernement de Mitterrand, histoire d'enfoncer le clou sur l'indépendance syndical, ou sur les doubles discours patronaux ou syndicaux.

Même à la retraite, Jean Paul réalisa ce que la CFDT n'avait jamais pu ou voulu mettre en place, le site "les clés du social" véritable banque de données sur le social français mais aussi européen. Convaincu avant l'heure de l'efficacité des réseaux sociaux, Jean Paul réalisa ainsi la synthèse de l'œuvre de toute une vie.

Jean Paul JACQUIER est décédé au début de cet été, incapable d'écrire ce texte plus tôt, je garderai toujours le souvenir chaleureux de Jean Paul qui d'après sa femme me considérait comme son fils putatif, je suis fier d'avoir été l'ami de ce monument syndical.

02:21 Publié dans A lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jp jacquier

08/09/2014

Ma fauvette des jardins

Elle est revenue à la fin du printemps, comme chaque année, après un long voyage d'oiseau migrateur.

Je suis toujours émerveillé de voir ces petits volatiles revenir chaque année au même endroit et reconstruire un nid à la même place. De même, dans "ma" rivière, j'ai du mal à me dire que les anguilles viennent des Sargasses. C'est le grand mystère de la vie.

La tête rousse et le ventre gris cendré, ma fauvette semble si fragile, de la taille d'un moineau, elle est beaucoup plus élégante et alerte, plus sauvage aussi.

Son gazouillis régale mon petit déjeuner de notes flûtées.

En juin, elle a posé quelques herbes sur le petit projecteur vissé sous la gouttière. On appellera cela un nid. Et puis, un weekend j'y devine le sommet de son crâne, elle couve 3 ou 4 œufs, sur cette plateforme-confetti. Très farouche,elle s'envole au moindre geste. Elle se pose alors, à mi hauteur, sur la barrière du jardin. De ce poste de surveillance, comme un rapace, elle scrute le proche horizon et d'un coup, elle voltige et fonds sur un insecte invisible voire un papillon et retourne de percher au même endroit sur la barrière. Elle recommencera une dizaine de fois ce ballet avant de choisir le dessous du prunier comme terrain de chasse et recommencera ses voltiges dans un espace très restreint.

Quand les petits sont nés, trois énormes gosiers dépassent du nid et je ne m'ennuie pas de voir la fauvette aller de la barrière du jardin gober un moucheron et venir offrir la becquée aux jeunes affamés sans jamais s'arrêter. Toujours en mouvements, je ne l'ai jamais vu se reposer.

J'adore cette fauvette des jardins, élégante travailleuse, mère exemplaire et m'interroge sur les humains capables de délaisser leur enfant dans une voiture sur un parking de boîte de nuit. Je m'interroge sur la fidélité qui la pousse à revenir chaque année sur ce tout petit bout de ferraille. Et je m'interroge sur l'utilité de passer mes matinées à regarder ce qui n'est qu'un animal...

01:40 Publié dans A lire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fauvette