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05/05/2018

Et si la stratégie gouvernementale avait pour ambition d’imposer un changement de paradigme dans la conception du rôle des syndicats ?

Semaine après semaine, les relations entre le gouvernement MACRON et les syndicats deviennent de plus en plus problématiques. Les congrès de Force ouvrière, la semaine passée, et celui de la CFDT qui se prépare, illustrent le profond fossé qui se creuse entre des militants qui ont souvent voté MACRON et qui déchantent dans un désarroi grandissant.

Quand le gouvernement engage une négociation ou décide de recourir à une concertation, alors qu’il en a prédéterminé les résultats, il dégrade durablement la relation et génère potentiellement une relation de confrontation avec ses interlocuteurs.

Relevons cet enseignement du conflit SNCF : si l’on a déjà écrit, ou si l’on a déjà annoncé le résultat final, il n’est jamais bon d’engager ou de feindre engager une discussion. D’autant plus quand la décision prédéterminée se situe à mille lieux de l’objectif de la partie adverse. C’est pourtant ce qu’a fait, à dessein, le Premier Ministre en annonçant le 26 février : « A l’avenir, à une date qui sera soumise à la concertation, il n’y aura plus de recrutement au statut ». Il confirmera encore les sujets non négociables : l’ouverture à la concurrence, la réorganisation de l’entreprise et la fin du recrutement au statut. Dans le même temps, le chef du gouvernement et la ministre des transports ne cessent d’assurer qu’il existe bel et bien un espace de négociation, puisqu’un cycle de concertation est en cours pour « discuter » des modalités de mise en œuvre des décisions. Cette volonté de concertation est si claire que la date d’arrêt des recrutements au statut sera connue des négociateurs syndicaux en lisant la presse !

C’est le b a Ba des formations aux relations sociales, soit on veut maintenir la relation et on engage alors une véritable discussion en acceptant une issue tenant compte des points de vue de chaque partie, soit on décide seul en assumant « courageusement » le caractère non négociable de la décision.

Les leaders syndicaux réformistes qui ont accepté, par conviction, cette concertation sont aujourd’hui pris à parti par de nombreux militants qui leur reprochent une certaine naïveté voire de la complaisance avec le pouvoir, (cf. les critiques entendues au congrès FO contre Jean Claude MAILLY).

Le 12 avril, les leaders CFDT, CFTC et UNSA, dans une vibrante tribune intitulée « Des réformes mais plus de démocratie sociale », ont clairement exprimé leurs difficultés à être des acteurs dans les réformes en cours. En effet, les ordonnances travail, l’assurance chômage ou encore la formation professionnelle ont relevé d’une stratégie gouvernementale similaire faite de multiples « espace-temps » d’échanges (concertation, négociation interprofessionnelle, réunions multilatérales) mais dans un cadre contraint et toujours avec des mesures pré-écrites voire dictées par le gouvernement.

Aussi, il apparait chaque jour un peu plus que la réforme de la SNCF, au-delà du fond, entend parachever, consacrer voire sacraliser le changement de paradigme que la nouvelle majorité veut imposer aux organisations syndicales.

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